Les artistes 2014-2015

Chiara Zocchi, auteure, chanteuse

photo Zocchi 3

Photographie de Francesco Maria Colombo

Italienne vivant à Paris, Chiara Zocchi est auteur de romans et de chansons qu’elle interprète en s’accompagnant à la guitare. Par ailleurs elle participe à de nombreuses performances artistiques, dont certaines mettant en espace ses propres textes. Enfin, elle est aussi journaliste (« Grazia », « Corriere della sera », « Rolling Stone »…).

Dans son premier roman, « Olga » (Rivages Poche, trad. Françoise Brun, 2001), Chiara Zocchi décrit la vie quotidienne d’une petite fille à travers son regard et sa langue spécifique. La réalité la plus prosaïque s’en trouve ainsi transfigurée sans qu’il soit toujours possible de distinguer ce qui relève, d’une part, de l’interprétation singulière que la jeune fille donne sur les événements qui jalonnent sa courte existence et, d’autre part, des effets de glissements de réalité dus à son maniement non conventionnelle et poétique de la langue : « Le cimetière est une prairie avec des croix à la place des fleurs. C’est drôlement moche ».

Ce roman a rencontré un grand succès critique comme public et a connu des traductions en espagnol, portugais, catalan, grecque, tchèque, hollandais, allemand et japonais.

Son second roman, « Volare » (ed. Léo Scheer, trad. Laurent Lombard, 2007), pousse plus loin encore la recherche formelle et la réflexion sur les distorsions subjectives de réalité. Rédigé à la première personne, il s’apparente à une méditation à la fois drôle et tragique, empirique et onirique, portée par une langue laissant la part belle au silence comme à une forme volontairement désenchantée de lyrisme : « Il dort. Il est bouche ouverte, dans le fauteuil. Ses lunettes ne se sont pas aperçues que ses yeux sont fermés, et elles agrandissent inutilement les lettres du livre qu’elles ont devant elles. »

Ses chansons, qu’elle écrit dans sa langue maternelle, devraient prochainement sortir en disque (accompagnées à l’accordéon par Carmine Loanna). Elle les interprète à l’occasion de concerts dont certains prennent la forme de véritables performances artistiques. Ainsi de ses « Concerts pour une personne », relevant tout à la fois de la loterie (l’auditeur est invité à choisir au hasard une carte sur laquelle figure une phrase, celle-ci correspond à une chanson qui va lui être jouée) et de la rencontre intersubjective (le concert est une succession de face-à-face entre l’artiste et des auditeurs pris individuellement).

Au travers ces différentes formes d’expression, Chiara Zocchi n’a de cesse d’expérimenter la langue et de l’orienter vers la création de nouvelles formes. Une recherche formelle qui se veut être un véritable mode de vie puisqu’elle confesse envisager chaque moment de son existence, et non pas uniquement les instants consacrés à l’écriture, comme autant de mises à l’épreuve de la langue.

Le Collectif XXY, danseurs, chorégraphes

HommageGroupe

Le Collectif XXY est une plateforme artistique professionnelle de spectacle vivant installée à Lille. Créé sous l’impulsion d’Amélie Poirier en 2012, le Collectif XXY questionne à travers ses spectacles, performances, actions pédagogiques ou en territoire les notions de norme et de genres à travers une approche interdisciplinaire pour révéler une intimité individuelle et subjective.

La notion de recherche est également un point central pour le Collectif XXY. Des projets de recherche ou laboratoires sont ainsi mis en place, parfois en vue de la création d’un spectacle, mais la recherche reste aussi à d’autres instants un simple moment d’exploration et d’expérimentation.

Dernièrement, le Collectif XXY a décidé d’assumer pleinement sa volonté première de devenir une plateforme artistique autour de ces questionnements. Il s’est ainsi enrichi de nouveaux artistes associés qui prendront part au cours de cette saison aux différentes actions du Collectif et agiront en tant que porteur.s.Es de projet et sujet de leur recherche : Lucien Fradin, Rémi Hollant, Amélie Poirier & Audrey Robin.

Ces questionnements sont abordés dans des cadres aussi différents qu’au sein de maisons de retraites, d’universités, de théâtres, etc. et au travers d’expériences pédagogiques, de laboratoires de recherche, de formes spectaculaires, de projets participatifs avec des habitantEs/étudiantEs/sportivEs sur différents territoires etc.

 

Les artistes associés du Collectif et intervenant au cours du CLEA

Lucien Fradin

Lucien Fradin s’intéresse depuis plusieurs années aux thématiques liées aux sexualités et à leurs représentions. Il a travaillé pendant un an avec le collectif Urbanporn. Il continue ses recherches sur la post-pornographie au sein de ses études universitaires puis de manière autonome. Il a déjà animé plusieurs ateliers sur cette thématique. Parallèlement, il travaille avec des groupes militants sur les questions de santé sexuelle, du consentement et de la prévention au sein des minorités sexuelles.Il participe aux créations du Collectif XXY en tant qu’interprète avec Amélie Poirier et débute actuellement un processus de recherche en tant que metteur en scène.

Militant du point de vue notamment des minorités sexuelles, il est animé par le fait de porter ce type de questionnements au plateau.

Lucien Fradin pratique la danse contemporaine depuis son enfance, il a étudié l’art dramatique au Conservatoire de Roubaix et s’est formé de manière transdisciplinaire au cours de différents stages (avec Yves-Noël Genod à Paris, Sylvie Baillon de la Cie Ches Panses Vertes à Amiens ou encore aux côtés du metteur en scène Pierre Foviau). Dans son parcours d’étudiant, il a travaillé avec différentes jeunes compagnies (il a notamment pris part à la performance collective « Secret Garden » des Ballets C dans le Q (PD) avec Alberto Garcia del Castillo et Mathieu Jedrazak) et a débuté la mise en scène à l’Université Lille 3 avec la Compagnie la Pipe en Cachette avec qui il a créé deux spectacles : « Au temps pour nous »(2011) et « Mamie est (re)venue »-spectacle déambulatoire- (2012).

 

 Rémi Hollant

Rémi Hollant a suivi une formation de théâtre dès son plus jeune âge, qui l’a mené au Conservatoire de Lille en cycle d’orientation professionnelle. Il entretient une pratique en danse qu’il suit en parallèle jusqu’à intégrer l’école supérieure du Centre National de Danse Contemporaine dirigée par Emmanuelle Huynh à Angers dont il sort diplômé en juillet 2013. Au sein de cette formation il a l’opportunité de réaliser un stage professionnel auprès du chorégraphe vogueur Trajal Harrel lors du festival Impulstanz à Viennes -c’est à ce titre qu’il approfondit ses connaissances et pratiques autour du voguing.-mais aussi de travailler avec Lia Rodrigues, Julie Nioche, Kô Murobushi etc. et de reprendre la pièce « Foray Forêt » de Trisha Brown . Il a également l’occasion de s’essayer d’un point de vue chorégraphique avec la création d’un solo de danse butô et la réalisation d’un projet de fin d’étude. Il réalise ensuite un mémoire d’anthropologie de la danse-voguing* ce qui lui permet d’étayer et ancrer cette pratique dans une recherche artistique. Rémi Hollant ancre donc son travail chorégraphique du côté de la danse voguing qu’il s’amuse à déconstruire et à mettre en dialogue avec des enjeux de société en questionnant la télé-réalité par exemple comme dans un projet de recherche en cours intitulé « FinaLE DeLuxe ». Rémi Hollant participe aux créations du Collectif XXY en tant qu’interprète avec Amélie Poirier ou Lucien Fradin et débute actuellement un processus de recherche en tant que chorégraphe et intervenant artistique.

*La danse voguing est un style de danse créé par des homosexuels latins et noirs américains -souvent pauvres- à Harlem pendant les années 70-80. Directement issu du magazine Vogue, la danse voguing est inspirée des poses des modèles. Plusieurs styles gestuels se sont affirmés au fur et à mesure que le mouvement prenait son essor. Les concours officiels et traditionnels de voguing se présentent sous la forme de « bal », il s’agit d’un moment de confrontation qui à l’origine opposait deux rivalEs dans un duel mêlant danse et performance d’une figure stéréotypée de la société (W.A.S.P, homme d’affaire blanc, maître/maîtresse d’école, policier etc.). A l’issue d’un bal, unE seulE gagnantE est désignéE par un jury et remporte une coupe ou médaille. A présent la danse voguing est considérée comme une danse urbaine au même titre que le hip-hop dialoguant perpétuellement avec la danse contemporaine.

Amélie Poirier

Après avoir étudié la danse classique, l’art dramatique et la marionnette au Phénix, scène Nationale de Valenciennes puis aux Conservatoires de Lille et d’Amiens, elle est admise à l’ESNAM (École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette //Charleville-Mézières) en 2008 qu’elle préfère quitter en 2009. Elle lie la pratique et la théorie : elle est titulaire d’un Master 2 où ses recherches portent sur la question de la légitimité de la violence des corps en scène et de la formation des marionnettistes en occident (à l’occasion de la rédaction de ce mémoire, elle se rend dans plusieurs formations pour marionnettistes aux USA, au Canada ainsi qu’en Finlande et en République Tchèque).

Elle est interprète et collaboratrice artistique sur le solo « La Jeune fille et la morve » (conception : Mathieu Jedrazak), créé au Festival Vivat La danse en janvier 2011 puis présenté notamment à la Bellone à Bruxelles, à la Scène Contemporaine La Chapelle à Montréal et à Québec, au Festival d’Avignon Off en 2013 avec le soutien du Conseil Régional du Nord-pas-de-Calais et au Festival Prémices : à la Rose des Vents, Scène Nationale de Villeneuve d’Ascq en mai 2014. Elle développe par ailleurs son propre travail de création au sein du Collectif XXY. En juin 2012, elle est finaliste du Concours « Danse élargie » au Théâtre de la Ville à Paris avec la pièce « Hommage à la médecine chinoise (et à l’homéopathie sous réserve) ». D’octobre à décembre 2012 elle participe à un laboratoire de création interdisciplinaire avec le chorégraphe Christian Rizzo durant 3 semaines : un projet initié par la DRAC Nord-pas-de-Calais. En octobre 2013 elle est interprète au sein du projet « I’ll be your mirror » -conception : Marc Lainé- au Théâtre National de la Criée à Marseille. Durant la saison 2013-2014, elle bénéficie du dispositif de la DRAC « pas à pas » en partenariat avec le Phénix, scène Nationale de Valenciennes, assiste durant une semaine le metteur en scène Marc Lainé sur le spectacle « Spleenorama » au CDN de Rouen, bénéficie de périodes de résidence pour un projet de recherche intitulé « Que ferez-vous de mon profil Facebook quand je serai morte ? » ayant pour point de départ son identité virtuelle, participe à un stage AFDAS de 2 semaines avec la Cie Gisèle Vienne autour de son écriture chorégraphique et bénéficie d’un « parcours » administratif & technique au sein du théâtre.

Le travail d’Amélie Poirier oscille perpétuellement entre danse et théâtre dans un processus souvent auto-fictif : les danseurs, gymnastes (et souvent : elle-même) sont mis en scène dans une dramaturgie théâtrale tout en utilisant le médium chorégraphique voire des éléments empruntés à la performance ou aux arts de la marionnette. Elle s’amuse à flirter avec les limites de l’auto-fiction, entre ce qu’elle dit d’elle, ce qu’elle laisse imaginer d’elle, entre une réalité biographique et un possible au-delà fictionnel.

Pour aller plus loin : http://collectifxxy.fr/index.html

Sebastian Dicenaire, écrivain, poète

dicenaire photo 2Sebastian Dicenaire est né à midi un jour de neige mil neuf cent septante-neuf dans la banlieue de Strasbourg. Tout était blanc ce jour-là. Les chats noirs traversaient tranquillement les rues immaculées. Puis tout s’est brusquement accéléré. À 4 ans, il dessine des histoires de chats et de lapins. À 12 ans, il joue à des sports qui n’existent pas. À 15 ans, il lit Lautréamont dans les campings. À 20 ans, il tourne des films super8 au bord des rocades d’autoroute.

Aujourd’hui Il se définit avant tout comme poète, voire poète multimédia. Et si son premier outil est bien sûr l’écriture, il travaille également la parole à voix haute à travers la lecture-performance et la création radiophonique. Chacun de ses projets se décline sur les trois supports –livre, performance, radio- ou seulement sur l’un ou l’autre d’entre eux. Il lui arrive souvent en passant d’un support à l’autre, de ne pas se contenter d’une simple transposition, mais de créer une nouvelle œuvre à partir de la première.

 

 

Extrait de ses publications

PAMELA, roman (à paraître), 408 p

DERNIERES NOUVELLES DE L’AVENIR, poésie, éd. Atelier de l’Agneau, 2013, 81 p

PERSONNOLOGUE, poésie, éd. Le Clou dans le Fer, 2007, 71

DÖNER-KEBAB, poésie, éd. Héros-Limite, 2004, 52 p

 

Pour découvrir son travail : http://dicenaire.com/

Jean-Michel Rolland

neons_melodyLongtemps musicien et peintre, il se consacre à l’art numérique pour faire se rencontrer ses deux mediums de prédilection : le son et l’image. A l’origine de chacune de ses créations, la musicalité joue un rôle aussi important que l’image et chacune influence l’autre. Il en résulte des vidéos, des performances audiovisuelles et des installations interactives où son et image sont tellement indissociables que l’un sans l’autre perdrait tout son sens.

Jean-Michel Rolland affectionne particulièrement l’utilisation de courtes séquences (samples) répétées tout au long de ses expérimentations, avec pour but de transfigurer la banalité en œuvre cohérente. Les séquences sont traitées comme de simples ustensiles, des objets trouvés, servant de prétexte à des compositions autant musicales que plastiques. A la différence des travaux de Scriabine, Kandinsky ou encore Schoenberg dont il se revendique volontiers, ni l’image ni le son ne viennent en premier ; les deux médiums prennent naissance dans un même élan créatif destiné à être réactivé.

En vidéo, sa technique consiste à capturer des samples où son et image sont d’emblée d’égale importance. La contrainte forte de sa démarche consiste à ne jamais les désolidariser mais au contraire, jouer sur leur complémentarité perceptive. Ces samples sont démultipliés dans le temps mais aussi dans l’image, subissant des distorsions successives qui affectent la vitesse de défilement, les couleurs, les proportions, sans oublier celles infligées nécessairement au son. La répétition, le décalage et l’agencement des samples créent un rythme quasi-musical qui dans certains cas peut se trouver à l’origine de la composition finale. Pour résumer, son, rythme, musicalité d’une part et composition plastique en constante évolution d’autre part sont des éléments indissociables de sa démarche.

Ne souhaitant pas que ses vidéos vivent en marge de la société, confinées exclusivement dans les lieux d’art officiels, l’intégration de son travail dans le paysage urbain pour devenir accessibles à tout un chacun reste primordiale dans sa démarche, à une période où les écrans plats se multiplient différents espaces publics.

Découvrez son travail : http://franetjim.free.fr/jim.html

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